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vendredi 16 avril 2004

L'impôt au manque de mérite

Il y a quelques années, on a beaucoup parlé, dans le monde du travail, du salaire au mérite: plus l'employé travaille bien, plus son patron lui paie un salaire élevé. Appliquée depuis la nuit des temps dans les petites entreprises, cette notion faisait alors son apparition dans quelques «grandes boîtes» privées et surtout publiques qui n'avaient connu jusque-là que des grilles de salaires déterminées par la fonction occupée et par l'ancienneté.

Le salaire au mérite - c'est bien naturel - inquiète les moins méritants. Lesquels ont décidé de prendre leur revanche en introduisant l'impôt au manque de mérite: plus l'Etat gaspille l'argent public, plus les contribuables lui paient un impôt élevé. C'est ce que nous expliquent actuellement - justement avec l'argent de nos impôts - quelques gouvernements cantonaux parmi les plus endettés, qui craignent que leurs concitoyens ne se laissent séduire, le 16 mai, par les réductions d'impôts du paquet fiscal fédéral ou par l'initiative allégeant l'impôt cantonal sur les successions et donations.

On dit les patrons peu généreux, rétifs à reconnaître le mérite de leurs employés. Espérons que les contribuables - du moins ceux qui ne sont ni prébendés par l'Etat ni complètement masochistes - feront preuve de la même incompréhension et de la même radinerie à l'égard de leurs élus.

(Le Coin du Ronchon, La Nation du 16 avril 2004)