Mais que fait la police?
Dans les derniers jours de janvier, la télévision française nous a gratifiés d’un document remarquable: les réalisateurs avaient suivi une équipe de policiers de la brigade des stupéfiants dans les longues heures de filature et de surveillance qui précèdent généralement l’arrestation d’un trafiquant de drogue. Ensuite et malheureusement, on dut entendre le ministre Charles Pasqua déclarer que le débat sur la dépénalisation de la drogue était incontournable, et assister à d’autres séquences sur la lutte anti-drogue: en Allemagne, dans la région de Francfort, apprenait-on, tout le monde y compris la police souhaite abolir la politique répressive; la consommation de produits stupéfiants devrait être autorisée; on pourrait ainsi prendre en main les drogués, sauver des vies humaines, remplacer la méthadone par l’héroïne pour en sauver encore plus… En clair: les miettes ramassées par la police française ne servent à rien, suivez l’exemple germanique.
Oui, mais quel exemple? Le lendemain soir, la chaîne allemande ZDF diffusait un reportage sur la Bahnpolizei de Francfort. Les agents de cette police des chemins de fer, aidés par d’autres collègues, patrouillent de nuit et à pied dans chaque recoin des gares, pour ne laisser aucun répit aux vendeurs et aux consommateurs. Commentaire: «Avec cette nouvelle stratégie, le nombre de drogués dans les gares a pu être ramené à un tiers de ce qu’il était.» Pas trace donc des humanistes éclairés interrogés la veille par les journalistes français! Comme quoi l’information télévisée, dans le même pays, peut aller dans tous les sens à la fois.
(La Nation n° 1464, 5 février 1994)