Freiner la croissance: un appel à plus de justice et à plus de partage
La presse nous apprend que «des figures de la culture se mobilisent contre la baisse d'impôts» – entendez par là contre l'initiative populaire «12%» soumise le 27 septembre au vote des Vaudois.
Parler de «figures de la culture», en l'occurrence, est audacieux. Il est surtout question de quelques notables à la notoriété confidentielle, réunis autour d'un jeune militant qui tente depuis des années de se faire passer pour un humoriste.
Ainsi donc, notre apprenti baladin adresse un magistral doigt d'honneur aux contribuables qui financent son écosystème. Il affirme fièrement qu'il vote «toujours pour les hausses d'impôts et contre les baisses». Il considère que ce n'est pas le moment de «diminuer les moyens de l'Etat». Personne n'a pensé à lui demander à quel moment ce sera le moment. Ni pourquoi il agite le spectre d'une diminution des moyens de l'Etat, alors que l'initiative va seulement freiner leur forte croissance (+382 millions entre 2023 et 2024, +726 millions entre 2024 et 2025, +487 millions budgetés de 2025 à 2026 et +413 millions de 2026 à 2027). Se pourrait-il, d'ailleurs, que le monde artistique se laisse finalement séduire (s'agissant de l'Etat) par la perspective d'une croissance effrénée et infinie?
L'initiative demande que cette vigoureuse croissance soit partagée avec les contribuables, qui en sont les principaux artisans. Se pourrait-il que le monde artistique soit à ce point étranger à la notion de partage?
L'initiative demande de corriger une situation doublement injuste, où l'Etat a accumulé pendant quinze ans de gros excédents sans que les contribuables n'en aient jamais vu la couleur, et où les Vaudois paient bien davantage que dans la plupart des autres cantons, sans aucune justification et sans recevoir davantage en retour. Se pourrait-il que le monde artistique soit à ce point insensible aux injustices?
Mais peut-être sommes-nous trop sérieux. Peut-être cet hymne à l'amour des impôts n'est-il que de l'humour maladroit; peut-être n'est-ce qu'un spectacle où les artistes font leur numéro, mais n'en pensent pas moins.
(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 2314, 18 septembre 2026)