Rien ne sert d'enseigner, il suffit de réformer!
Les étudiants ne savent plus écrire! Cette exclamation figure en page 3 de 24 heures du 12 juin dernier. Alors que les effets de manches sur la question des notes à l'école se terminent piteusement par un bétonnage renforcé de l'idéologie EVM, on commence à s'aviser, dans des cercles un peu plus éclairés, que l'école vaudoise produit désormais des générations d'analphabètes. Et que la volonté d'envoyer un maximum de jeunes à l'université, au lieu d'élever le niveau général de formation, ne fait que remplir les couloirs de l'Alma Mater de potaches ne sachant pas écrire correctement ni coucher intelligiblement leurs idées sur le papier.Ce sont principalement les professeurs de droit qui s'alarment de cette dégradation continue des compétences de base, eux qui estiment de manière très rétrograde qu'on ne peut pas penser entièrement juste en écrivant tout faux. Leurs confrères de la Faculté de théologie, pour qui les notions de bien et de mal sont dépassées depuis longtemps, se contentent de faire le même constat sans vouloir porter de jugement. D'une manière générale, professeurs et assistants s'accordent à dire qu'il devient difficile de comprendre ce que les étudiants écrivent.
On pourrait évidemment se réjouir de ce que cette protestation trouve écho dans le principal quotidien du Canton... Mais ce serait oublier à quel journal on a affaire. Le commentateur de service, tout en reconnaissant l'utilité d'une écriture soignée et en comprenant l'inquiétude des professeurs, se croit obligé de commencer par une diatribe bien pensante contre «l'orthographe trop souvent présentée comme une vertu» et contre la tentation de «celles et ceux qui ont le privilège de sa maîtrise» de «moraliser en son nom». Pour parachever notre désillusion, au milieu de la page trône l'interview d'une linguiste expliquant que le français est «la pire des langues», se réjouissant de ce que l'école fait «des choses plus intéressantes que des dictées qui ne servent pas à grand chose pour apprendre à écrire», et affirmant péremptoirement que pour résoudre le problème de l'orthographe, «il faut réformer l'orthographe»!
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 25 juin 2004)