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vendredi 25 mai 2007

La France, son président, ses journalistes, ses bulldozers

Elu démocratiquement président de la République française, Monsieur Nicolas Sarkozy a sans doute encore bien d'autres défauts. Il a en revanche une qualité qui nous donne envie de l'aimer: il déclenche de véritables crises de rage parmi les gens que nous n'aimons pas.

On l'a vu dans la rue, où les réactions spontanées organisées par la gauche ont fait partir en fumée quelque 1500 voitures – soit légèrement plus qu'au cours d'une nuit «normale». Mais c'est surtout dans les médias qu'on le constate désormais quotidiennement, avec un déluge coordonné de commentaires pincés, d'allusions insidieuses et d'adjectifs habilement dépréciatifs.

Les journalistes français de gauche (parce qu'il y a encore quelques journalistes de droite en France) et les journalistes suisses romands (qui sont quasiment tous à gauche) sortent tout ce qui leur passe par la tête, ce qui donne un résultat assez maigre qu'ils multiplient ensuite à l'infini grâce au miracle de l'informatique. Pendant quelques jours, les vacances privées du nouveau président (vacances de riche, insulte aux pauvres, mauvais goût, scandale politique, étalage de luxe indécent, etc.) ont occupé plus de la moitié des dépêches internationales, entre deux attentats à Bagdad. Si M. Sarkozy était resté chez lui, ç'aurait été la même chose (comportement casanier, renfermé, mystérieux, dissimulateur, conspirateur), de même que s'il était allé à la montagne (mythes alpins, folie des sommets, dégradation de la nature) ou dans un supermarché (populisme, clientélisme, mépris des petits commerçants). A l'heure actuelle, les éditorialistes tartinent frénétiquement sur le thème de l'«homme pressé». Parce que M. Sarkozy a nommé son gouvernement sitôt son entrée en fonction – comme le font en principe tous les présidents nouvellement élus.

Au milieu d'une dizaine de «niouzes» niaises sur le jogging matinal du chef de l'Etat, on apprend incidemment… que quelque 2800 églises de France, jugées trop chères à entretenir, vont être rasées à coups de bulldozers! Cette information ahurissante est passée presque inaperçue. Les journalistes s'intéressent beaucoup moins aux églises chrétiennes qu'aux statues de Bouddah de la Vallée de Bamiyân, et encore moins qu'au jogging matinal de Nicolas Sarkozy.

(Le Coin du Ronchon, La Nation du 25 mai 2007)